art contemporain - Galerie Nathalie Béreau
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Elisabeth Oulès




"Fut une époque aux Beaux-Arts, où l’on pouvait prendre son temps", commente sérieusement l’artiste, dont la solide formation initiale se déroule entre 1973 et 1983. Le temps de choisir sa voie, sa technique, ses matériaux. Le dessin ayant été au centre de son apprentissage, Elisabeth Oulès porte une grande estime à son professeur disparu, Marcel Gili.
Ancien élève de Maillol, celui-ci voulait créer des passerelles entre les disciplines. "Pour moi, poursuit-elle, le croquis participe de la genèse d’une sculpture, mais il n’y a pas de chronologie précise entre l’un et l’autre."

Oulès fait trois ans de peinture chez Augereau, qui a ouvert une annexe de son atelier pour un petit groupe d’élèves avancés, au fond du Parc floral de Vincennes. L’étudiante a du mal avec la couleur. Pour elle, cette discipline est trop soumise à des règles techniques. Elle préfère le dessin en noir et blanc ou le pastel. Après une année buissonnière dans la Vallée de Chevreuse, Elisabeth, revenue à l’école, entre dans l’atelier de César pour trois nouvelles années. "Pratiquant le modelage en terre et le moulage, se souvient-elle, puis le modelage en plâtre sur armature en fer, j’ai eu l’impression de m’être trouvée. Le cycle de mes errances de jeunesse s’achevait." Sans vergogne, elle dit avoir eu le coup de foudre plutôt pour le lieu – l’un des plus beaux ateliers de l’Ecole... que pour le maître lui-même... à qui elle a farouchement tenu tête !(...)

En 1982, la jeune artiste obtient une bourse pour étudier la sculpture polychrome dans le sud de l’Espagne. Le voyage lui apporte une bouffée de liberté. L’apprentissage du métal se fait en deux temps, d’abord à l’Ecole, dans ’’atelier de Bernard Perrin, car il faut apprendre à souder pour fabriquer l’armature de certains grands plâtres, puis, quelque temps plus tard, en partageant un premier atelier avec une amie. Rasée depuis lors, l’étroite impasse donne au 163, avenue d’Italie dans le XIIIème. Le voisin est serrurier et prête à la jeune femme un poste à souder. Tout l’équipement lui revient, lorsque meurt soudainement l’artisan et ami.

Quittant la terre et le plâtre peu après, pour adopter durablement le fer soudé, l’artiste n’éprouve aucune impression de rupture. Changeant de technique, elle est convaincue d’être restée dans l’univers du modelage. La construction un peu froide par assemblage de formes disparates ne lui correspond pas. Elle tient à l’idée de sédimentation, appliquée à la mémoire, à l’histoire, à la géologie... et, dans son travail, à une lente élaboration de la forme, qui germe de l’intérieur, nourrie d’émotions successives, accumulées et reformulées dans un espace poétique. Avec le fer, comme avec la terre, l’adjonction de matière se fait ici par petites touches, par couches successives, à la recherche d’une certaine densité.
"La réversibilité du geste est très importante", insiste-t-elle. "Si l’arc permet d’ajouter de la matière, je recoupe indéfiniment la tôle. Lorsque je me perds, je peux revenir en arrière." L’artiste se contente de moyens rudimentaires : une simple disqueuse et un poste à l’argon, un étau, une enclume. Le "point de soudure" offre au sculpteur une facilité dont elle se méfie, comme si la technique seule risquait d’être réductrice.

La tôle rouillée est une matière première à part entière. Terre et rouille, d’évidence, offrent la même palette de couleurs. A l’opposé du détournement d’objet, l’artiste se réapproprie entièrement le matériau qu’elle récupère, et dont le premier usage se fait totalement oublier. Aucun composant n’est ré-employé tel quel. Périodiquement, Elisabeth Oulès collecte de la ferraille, fidèle au même marchand, sur le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Tôles, cornières, clous, rivets, gonds, charnières... et autres morceaux de fer, s’entassent en abondance dans l’atelier. Une décantation s’opère au fil du temps. L’artiste tirera parti de tout ou presque, quand elle le pourra. Maintes fois, l’œil aura scruté ce gisement, maintes fois la main l’aura remué, jusqu’à ce que s’opère le déclic... le moment venu, sans céder à la facilité.

Souvent la tôle usagée porte des traces de peinture, hétérogènes du fait de l’usure. L’artiste part de cette donnée-là. Pour elle, la couleur n’est pas un processus de finition, mais un composant à part entière, au service de la forme. "Réussir la couleur" n’est pas d’ordre technique, mais s’obtient par une sorte d’intériorisation, au fur et à mesure des essais, entrecoupés de coups d’œil sensibles. L’artiste emploie des vieux tubes de peintures à l’huile, parfois aussi de la peinture glycérophtalique. Patiemment, elle essuie, efface, et recommence, à la recherche d’une adéquation parfaite. Presque toujours, sa polychromie est faite d’une seule couleur dominante aux multiples nuances. La rouille peut être accélérée ou au contraire stoppée(...).

En titre, les mots : Monument, Stèle, Muraille, Tombeau, Fragment, Passage, Distance, Déchirure, Mémoire... du concret à l’abstrait, appartiennent à un vocabulaire sobre et restreint, donnant à penser que l’artiste revient inépuisablement sur quelques thèmes de prédilection.(...) L’homme, infiniment petit, perdu au cœur de l’univers, est néanmoins capable d’embrasser le monde par la pensée, et tente de maîtriser son destin. L’artiste transpose dans sa sculpture son monde intérieur et réinvente une sorte d’architecture inversée.

Découvrant l’écriture, elle se met à composer des poèmes. L’auteur sera publiée en 1974 et 1977. Découvrant, d’autre part, la civilisation égyptienne, elle rêve d’un voyage en Egypte. Celui-ci se réalisera en 1975 et se révèlera déterminant dans la démarche future du sculpteur. Elle y découvrira le rapport entre les sites, l’architecture et la représentation humaine dans la sculpture.

Depuis ses tout débuts, l’artiste acquiert une longue pratique très personnelle de la figure humaine, traduisant l’attitude plutôt que le mouvement, privilégiant la verticalité et l’intériorité. Au cours de son évolution, la figure s’est faite menue, marque d’humilité face aux éléments qui l’entourent et la dépassent. Le personnage surtout (ou le groupe resserré de personnages), s’inscrit désormais dans une architecture. Les deux éléments sont devenus indissociables. D’autant que, dans le fer, le travail de première main, les traces anciennes d’effort et de pliage, sont partout inscrits et lisibles. L’espace de la sculpture est habité, chargé d’histoire. L’œuvre du temps sur cette matière rongée ajoute un facteur d’unité. Des plissements de tôle froissée pourraient évoquer un fond de nature enveloppante, tandis que l’ébauche de murs, portes, palissades, niches, piliers, génère un cadre bâti. Plus encore le portique, dans de multiples configurations, laisse passer la lumière, donnant le signe de l’ouverture.

Monumental a gardé son sens universel dans le vocabulaire formel.
D’autres qualificatifs ont été galvaudés. Pas celui-là. Assurant une présence humaine proportionnée dans une architecture en dédale, Elisabeth Oulès, sans nourrir exactement ce dessein quelque peu démesuré, fait aujourd’hui de la monumentalité le principal attribut de sa sculpture, hors d’échelle.

*** Extrait du livre de Dominique Dalemont "Les sculpteurs du métal", Somogy éditions d’art, Paris, 2006 co-diffusé par l’auteur dom.dalemont@wanadoo.fr


Biographie

Elisabeth Oulès. Née à Versailles. Travaille à Paris. Expose depuis 1976.

SÉLECTION EXPOSITIONS RÉCENTES (P = Personnelle)
2009 Galerie Nathalie Béreau, Chinon
Château de Gréoux, P
"Chemins de Traverse" avec Patricia Erbelding, Le 6, Mandel, commissaire Nathalie Béreau, Paris
Affordable Art Fair, Galerie 73, Bruxelles

2008 "Zig-Zag", Gentilly
Affordable Art Fair, Galerie 73, Paris
"Mémoires d’ombres", CIM, Paris
Galerie Nathalie Béreau, Chinon
Salon de Garches
Espace Châtelet Victoria, P
Galerie FAE L’Atelier, Boulogne-Billancourt

2007 Maison de l’architecture, Amiens, (performance)
La ferme, St Rémy sur Orne, P
Espace Commines, invitée d’honneur, Paris
Galerie Brissot et Linz, Paris
Espace Commînes, invitée d’honneur, Paris

2006 Salon de Baugé
Artenim, Galerie Brissot et Linz, P
"20 ans", promotion ESSEC 86, commissaire Nathalie Béreau, Pré Catelan, Paris
Art St Germain des Prés, Galerie Brissot et Linz, Paris, avec Patrick S. Naggar, P
Galerie Sylvie Alépée-Ebert, Paris, P

2005 48ème salon d’art, Garches, Invitée d’honneur, P
Marché de la poésie, Paris
Galerie F.A.E l’Atelier, Boulogne-Billancourt, P
"Rencontre européenne de sculpture", Espace Bourdelle, Montauban
Espace Bingen, Groupe IGS, Paris
"Carte blanche à E. Oulès", 16ème rencontres européennes de sculpture, Étaples-sur-Mer

2004 Galerie Bernard Verhaegue, Ploegsteert, Belgique
13 en vue, atelier et mairie du XIIIème, Paris
"Atenizondas", Pachia-Rachi, Eagine, Grèce, P
Lille 2004
"Cap sur les Arts", Festival d’art contemporain, Perros-Guirrec, P
Galerie Le bonheur fou, Manosque, P
Galerie Sylvie Alépée-Ebert, Paris, P

ACHATS ET COMMANDES PUBLIQUES
2001 Cabinet d’architecte, Poignées en métal polychrome pour portes monumentales en verre
1999 A.F.D., Paris, deux stèles monumentales
1994-96 Eglise Saint Martin de Grosrouvres, Yvelines, Chemin de Croix
1993 Unilog, Paris, Carte de l’Europe en métal soudé
1991 Achat de la municipalité, Gentilly

SÉLECTION ÉDITIONS ET BIBLIOGRAPHIE
2006 "Les sculpteurs du métal", Dominique Dalemont, Somogy éditions d’art, Paris
2004 "Mémoire d’Ombres", poèmes et dessins d’Oulès, éditions Propos2éditions, Manosque
1977 "Où le silence expire", recueil de poèmes d’Oulès, éditions St-Germain-des-Prés, Paris
1974 "L’avant-soir", recueil de poèmes d’Oulès, éditions de l’Athanor, Paris



 
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