art contemporain - Galerie Nathalie Béreau

L’eau grande


L’eau grande" de Jean-Christophe Ballot : travail photographique sur les crues de la Loire et le paysage ainsi recréé, tant par la nature elle-même, maîtresse des courants et des crues que par le regard du photographe. Monde de l’entre deux, celui horizontal de l’eau plane, lisse submergeant les terres et vertical, où l’eau devient miroir du ciel et des éléments.

Réalisée entre 1999 et 2001 à la chambre 4x5’’ et au moyen format 6x7, tirages argentiques disponibles sur demande.

Jean-Christophe Ballot, architecte DPLG, diplômé de la FEMIS et ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome sait à la fois structurer l’image et l’analyser. C’est donc également en référence à son histoire de l’art (c’est-à-dire à la manière dont il aborde et ressent l’histoire et l’esthétique de l’image) qu’il aborde le paysage.
Pour certaines images, on pense à Matisse aux photographies pictorialistes de la fin du XIXe siècle, aux paysages d’un Caspar David Friedrich, ou à l’interprétation que pouvait faire Van Gogh d’un cerisier en fleur elle-même inspirée d’une estampe japonaise (voir réf. p90).
L’image-paysage de Jean-Christophe Ballot est comme une poupée russe, s’ouvrant en cascade sur des citations sans pour autant perdre de son originalité et de l’écriture singulière de son auteur.

Sa vision du paysage est une vision éclairée, lumineuse, construite, jouant sur des ambiguïtés, nous obligeant après une première lecture, à essayer d’en décrypter les éléments.
Arbres, eau stagnante voire un peu marécageuse, maison abandonnée, piquets de vignes, buissons, arbres-têtards, nuages, le tout formant, par le jeu des reflets, une composition à l’énergie circulaire.

L’image par le choix d’une prise de vue à la chambre est lente à se construire (parfois jusqu’à 30 mn) et donc le cadre est réfléchi, le photographe servant le paysage en se laissant porter par ce qu’il voit.
Ses photographies de la Loire en crue semblent le reflet d’un monde a priori paisible, endormi alors qu’elles dévoilent le caractère encore "sauvage" de ce dernier fleuve de France (présenté comme tel mais plus justement à considérer comme "vivant" au vu de son histoire).
Le choix du tirage en noir et blanc de Jean-Christophe Ballot privilégie un gris soutenu aux multiples nuances, rapprochant l’image d’une gravure à l’eau-forte pour certaines.
Quant au graphisme créé par les lignes d’arbres, par exemple, sur lequel le photographe a joué, il met en avant un noir profond qui s’oppose aux aplats de l’eau, des étendues de ciel et de nuages.

Pour avoir maintes fois parcouru à pieds les berges de la Loire et de la Vienne, je peux d’autant plus apprécier la vision qu’en fait le photographe : le caractère boueux, quand le fleuve se retire et que le limon nourrit la terre, les méandres des branches entrecoupés de vues sur les prés, les haies submergées. Paysage quasi silencieux, perturbé par le seul bruit des animaux, énigmatique, changeant, amenant à une certaine rêverie vivifiante.
Nathalie Béreau



 
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