art contemporain - Galerie Nathalie Béreau
Accueil du site > Français > Expositions 2018 > Le 6, Mandel, Paris > Janvier 2018 : à corps retrouvés

Janvier 2018 : à corps retrouvés


A corps retrouvés

Colette Grandgérard, sculpture
Emmanuelle Pérat, dessin
Ernest Dükü, dessin
Lucas Weinachter, dessin

Exposition
du 11 janvier au 03 février 2018

Le 6, Mandel
6, avenue Georges Mandel - 75116 Paris - M° Trocadéro - Tél. 01 42 27 27 93 - www.6mandel.com
Exposition : Entrée libre par le 1, rue Greuze, du mardi au samedi de 14h30 à 19h00
(sauf en cas de privatisation ponctuelle du lieu les 30 et 31 janvier toute la journée)

Contacts :
> Jean-Christophe Stöerkel (Le 6, Mandel) : Tél. 01 42 27 27 93 - 06 09 84 77 05 - contact@6mandel.com
> Commissaires de l’exposition :
Galerie Nathalie Béreau (Chinon/Paris) : Tél. 06 79 71 26 44 - nbereau@hotmail.fr
Sitor Senghor (S)ITOR : Tél. 06 11 62 01 63 - sitor.senghor@orange.fr


L’exposition

A corps retrouvés, l’exposition qui inaugure la nouvelle année au 6, Mandel est l’occasion de réunir 4 artistes autour du dessin, dans des pratiques variées : encre et acrylique pour Ernest Dükü, mine de plomb pour Lucas Weinachter, pastel pour Emmanuelle Pérat.
Quant à Colette Grandgérard, ce sont ses sculptures en pâte de verre, bronze et bois qui seront exposées.
Les œuvres sont inédites, exposées pour la plupart d’entre elles pour la première fois.
Leur point commun ? Le corps.
Dans une présentation sur les différents niveaux de cet hôtel particulier, les galeristes Nathalie Béreau et Sitor Senghor ont souhaité créer une conversation, un retour de regards entre les différentes œuvres et écritures de chaque artiste. Au-delà d’un style propre à chacun c’est leur vision du corps et de l’homme qui intéresse. Ce corps qui est sorti d’un contexte social, politique et économique pour se retrouver comme mis à nu.
Disséqué, recousu, porteur de sens parfois ésotérique, facetté pour mieux se déployer, il apparaît encore et toujours d’une richesse incroyable.
Comme si les artistes n’avaient pas fini d’en explorer ses méandres. Sans pour autant être dans une démarche nombriliste pour mieux ramener le corps au monde d’aujourd’hui.

Mains de P., 50 x 60 cm, pastel sur toile, 2017 Mains de P., 50 x 60 cm, pastel sur toile, 2017

Emmanuelle Pérat (1970) travaille le pastel avec constance depuis l’Ecole de Beaux-Arts. Interrogeant son corps (autoportrait), ceux de ses proches (famille, amis) à travers des portraits sensibles, épurés, où l’enjeu tient aussi à la question de la représentation disséquée de l’être dans sa plus simple expression. Il y est question du pathos au sens d’émouvoir l’auditeur, dans ses choix intimes de représentation. Puis elle l’artiste s’est intéressée de la même manière dans des "portraits" de machines d’une ancienne filature. Ou d’archives provenant d’un grenier. A chaque fois par une observation minutieuse, le grain de la surface (que ce soit celui de la peau, du bois, des mécaniques, du papier) est mis à l’épreuve de la lumière pour mieux en sonder les entrailles invisibles.
En 2017, elle se lance de manière fulgurante et intense dans l’exploration des mains.
Les formats sont disproportionnés et les mains croisées dans un geste de sérénité surgissent du noir comme pour mieux être présentes. Sans aucune fioriture pour nous distraire. Qui se cache derrière elles ? Que nous apprennent-elles ? Qu’ont-elles à nous révéler ? Tel l’énigme du Sphinx, elles nous invitent à une méditation

Colette Grandgérard, Chimères au bois 1, 2016, Bronze et pâte de verre, Pièce unique, H19 x L38 x P28 cm Colette Grandgérard, Chimères au bois 1, 2016, Bronze et pâte de verre, Pièce unique, H19 x L38 x P28 cm

Colette Grandgérard qui pratique le dessin et la peinture a commencé en 2008 un travail de sculpture entre la France et l’Afrique. Expérimentant la technique du bronze à la cire perdue, elle a pu se faire accepter au sein d’une fonderie au Bénin. D’emblée, elle a été séduite par le caractère brut du processus, aléatoire, du fait de la forte pression du métal en fusion dans le moule en terre rouge. Les ratés, les accidents font partie de la technique. Pour les artisans, ils sont la manifestation de Gou, dieu du feu, dont le courroux doit être apaisé grâce à des offrandes et au respect de certaines règles. C’est, en outre, un métier réservé aux hommes, auquel sans son statut de "yovo" (de blanche) elle n’aurait pas eu accès.
La réalisation de chaque sculpture est donc une forme de voyage. Elle s’installe à Abomey aux côtés des "bronziers" pour de longues périodes, et partage leur rythme de travail. Inspirée de ses séjours réguliers, intéressée par les traditions, contes, histoires transmises, l’artiste amalgame sa culture à celle du Bénin en particulier. Le corps humain devient support d’histoire. En 2010, elle y associe alors la pâte de verre qu’elle réalise en France. La transparence de formes plus abstraites, bullées, triturées vient illuminer le bronze, le porter en équilibre ou au contraire le déstabiliser.
Avec l’installation (inédite) d’aiguilles en bois, bronze, et verre surdimensionnées, l’artiste propose une relecture dans l’espace de l’aiguille comme objet de transgression, de réparation, de réunion. Les sculptures viennent en réponse aux dessins des autres artistes.

Ernest Dükü, KA.KA.KA. Baby @ don't teach me nonsense, 2016, Encre et acrylique sur papier Canson noir, H65 x L50 cm Ernest Dükü, KA.KA.KA. Baby @ don’t teach me nonsense, 2016, Encre et acrylique sur papier Canson noir, H65 x L50 cm

Ernest Dükü (1958) nous propose une lecture particulièrement intéressante du corps humain, avec des peintures-sculptures en quasi lévitation. C’est une vision incarnée et spirituelle à la fois où la densité et la précision scrupuleuses des formes dessinées à l’encre blanche sur une surface noire et dense donne un aspect tridimensionnel aux œuvres, comme dans le cas de KA.KA.KA baby @ Don’t teach me nonsense : pelote de laine blanche emmêlée et piquée d’aiguilles, bébé assis réfléchi ou jouant masqué dans une barboteuse blanche avec un pied disproportionné ? La densité des choses est réellement exprimée sur ces fonds en papier canson noir, la presque absence de couleur est un révélateur de l’essence même des formes, et nous place aux frontières entre des mondes physique et spirituel, entre le visible et l’invisible, entre le silence sidéral et la musicalité des mouvements.
C’est un monde incarné dans des figures humaines, riche d’immatériel et d’insondable au travers d’une multitude de symboles et de signes du monde des esprits de sa Côte d’Ivoire natale.
C’est la danse de AT.CG @ Sirius A shuffle, bien visible et pourtant chargée de relativité, de déterminisme (ADN), de relativité (sens interdits) et de superstitions (amulettes). Le corps est ainsi retrouvé dans son entièreté par la confrontation de son apparence physique première et de toute la spiritualité mystique, magique et animiste qui lui donne vie.

Lucas Weinachter, Mémoire 1, 2017, Mine de plomb et fils de coton sur papier japon, H24 x L18 cm Lucas Weinachter, Mémoire 1, 2017, Mine de plomb et fils de coton sur papier japon, H24 x L18 cm

Dans un même élan créatif, Lucas Weinachter (1959) anime ses personnages : gymnastes imaginaires mais qui semblent bien réels, conscients de la force de leurs corps et de leurs imperfections.
Et comme les titres l’indiquent, c’est un travail autour de la mémoire.
Les formes anatomiques sont traditionnelles, celles des planches académiques, mais ici complétées et prolongées par des coutures en fil de coton à broder. La fragilité des supports utilisés, le plus souvent du papier japon naturel, léger, texturé, vivant, fragile et élastique comme une peau sublimée par la mine de plomb, le fusain ou l’encre qui viennent, tel un tatouage, laisser leur empreinte.
C’est la fragilité réelle de notre monde mais le regard porté est loin d’être grave.
Nous entrons dans une rêverie où les collages, les superpositions, les transparences accentuent tous les mouvements rythmiques, les élans contenus, les envols suggérés de liberté. Nous sommes largement au delà du réalisme du portrait, et bien dans un jeu de pistes personnel, précis, codé où la mémoire est omniprésente et où l’absence de couleur souligne le caractère universel et intemporel des corps en mouvement.
C’est le corps que l’on retrouve, anonyme et pourtant si familier, une mise à nu systématique, médicale et psychique de nos rouages intimes et cachés.


 
Accueil du site | Contact | Plan du site | Colophon | ©Nathalie Béreau | facebook Facebook |   English | Suivre la vie du site RSS 2.0