art contemporain - Galerie Nathalie Béreau

Agents de Lumière




Série Agents de lumière, 2011-2012 : 20 photographies contre-collées sur dibond
Tirage pigmentaire sur Tecco photo Baryté satin, 81 x 108 cm
Edition limitée et numérotée par le photographe à 7 ex.
© Philippe du Crest, 2012

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Nouvelle Série La Cella moderne


Né en 1959 à Marseille. Vit et travaille à Marseille.

Issu d’une famille dans laquelle sa mère artiste peintre lui fait découvrir l’art dès son plus jeune âge, c’est en autodidacte que Philippe du Crest découvre la photographie qu’il pratique le soir, dans le quartier du Panier.
C’est l’apprentissage de l’argentique, technique qu’il abandonne au moment où il débute ses études en sciences économiques.
Plusieurs métiers se succèdent alors jusqu’à une formation en photogravure.
Devenu imprimeur à son compte pendant plus de vingt ans, il se frotte aux nouvelles techniques de l’offset et aux bouleversements de ce métier.

En 2006, il reprend la pratique de la photographie, numérique cette fois, et de « manière sérieuse » comme il aime à le souligner.
Il mène depuis lors une activité de photographe indépendant, développant un travail de recherches qui l’amène à produire plusieurs séries et à ses premières expositions.

Expositions personnelles
2016 Exposition La cella Moderne, Les rencontres internationales d’Arles, sélection par Thierry Edel
Exposition Agents de lumière, Hôtel de l’Agglomération, Caen la mer, Collection du FARE Propreté
Exposition Agents de lumière, Mairie de Tours, Collection du FARE Propreté
2015 Agents de lumière, Espacecultue_Marseille du 9 septembre au 5 octobre
Exposition Relief, Pullman Marseille Palm Beach, Marseille
Salon Lille Art Up !, Lille Grand Palais, Série Agents de lumière
2014 Salon St.art, Strasbourg, Série Agents de lumière
Exposition Relief, Château de Sanilhac, Sanilhac-Sagriès
2013 La cella moderne, l’Etude de Provence, Marseille
Agents de lumière, FEP, Salon Art O’clock, La Défense
Exposition Agents de lumière, FEP à l’Espace Beaurepaire, Paris (catalogue)
2012 Projection collective, Atelier de visu, Marseille
Exposition Agents de lumière, Cité des Métiers, Marseille
2010 Exposition Mars Bleu, Clinique Résidence du Parc 13, Marseille
2009 Exposition Bloc 21, Domaine de Saint Endréol 83, Bagnols-en-Forêt
2008 Projection collective, Atelier de visu, Marseille

Séries
2014 - ... Série Relief (en cours)
2012 - ... Série sur le transgenre, Trans’humanité (en cours)
2012 Série Agents de lumière
2008 - 2013 Série La cella moderne

Presse (sélection)

- France Inter, La semaine culturelle de Frédéric Pommier, 13 mai 2016, à propos de l’exposition Agents de lumière, Caen
- TV Tours, Tout sur un plateau, avril 2016 (8 mn), présentation de l’exposition Agents de lumière
- France Inter, Un temps de Pochon, Août 2014 (une semaine), à propos de la Série Trans’humanité
- France Inter, Un temps de Pochon, Janvier 2013 (une semaine), à propos de la Série Agents de lumière

Prix

- 6ème édition de Rendez-vous Image à Strasbourg, Premier Prix pour la série La Cella moderne
- Projection et exposition // Prix spécial du Jury, Festival de Pierrevert, série La cella moderne
- Prix de la presse professionnelle, Série Agents de lumière, publication dans Services, n°225, janv-fév 2013 (PYC Edition)


A écouter en podcast : à rpopos de l’exposition à Caen, mai 2016
http://www.franceinter.fr/emission-la-semaine-culturelle-la-semaine-culturelle-du-9-mai



Emergence

Trente portraits, trente visages qui s’affichent. Trente personnes qui acceptent de se montrer, de surgir de l’ombre pour émerger dans la lumière.
Le titre de l’exposition, Agents de lumière, choisi par Philippe du Crest n’a rien d’anodin.
Initiée en 2011 par le photographe, cette série est réalisée en 2012 à Marseille en entreprises et dans un centre de formation d’apprentis. Elle correspond à un télescopage de la vie du photographe entre le passé - avec sa grand-mère qui a « fait des ménages » - et le présent à travers sa lecture de « Quai de Ouistreham » de Florence Aubenas, livre qui raconte son expérience comme agent de propreté.
Ce titre appelle de manière évidente la nécessité pour le photographe de regarder ces femmes et ces hommes peu reconnus, quasi invisibles ; ceux que l’on appelle communément les « travailleurs de l’ombre », les petites mains du soir, de la nuit ou du petit matin et que l’on nomme dorénavant agents de propreté.

Chacun d’eux pose ainsi en plan américain sur son lieu de travail, en tenue, la plupart avec leurs outils reprenant ainsi la tradition de représentation des métiers avec leurs attributs comme on peut le trouver dans les gravures de Nicolas de Larmessin, ou bien plus proche de nous, le voir sur les photographies d’Eugène Atget dans les rues de Paris, au tournant du XXe siècle.
Le corps est de face ou légèrement de profil, deux flashs éclairent le visage tourné vers nous avec le regard qui nous fixe, ou bien de biais dans une sorte de rêverie lointaine qu’un sourire vient parfois illuminer. Une attitude singulière ou encore un détail rompt avec l’image usuelle réservée à la profession : expression de Madone pour une jeune apprentie, dérision d’un déguisement avec un masque semblant sortir d’une série TV, ongles parfaitement manucurés, bijoux, maquillage pour les femmes.
De loin, cette galerie de portraits évoque ceux du Studio Harcourt dans la sérénité qui s’en dégage, presque hors du temps, grâce au choix d’une mise en lumière spécifique, d’une mise en beauté pourrait-on dire.
Comme dans les peintures flamandes du XVIIe siècle lorsque le monde se reflétait dans la perle de la boucle d’oreille d’une servante…
La couleur vient cependant dynamiser et donner à la série une vigueur résolument contemporaine, ancrant ces images dans la France d’aujourd’hui.
Cette entreprise presque sociologique est renforcée par un modus operandi similaire d’une photographie à l’autre et par la présence volontaire en second plan soit du cadre de travail soit des produits ou objets spécifiques au milieu étudié.

Philippe du Crest ne fait que très peu de retouches des couleurs et du cadrage, estimant que c’est le regard du photographe sur son sujet qui prime. Et pour paraphraser Robert Capa, la beauté est là, et il ne reste plus qu’à la prendre. Cette beauté ne doit pas pour autant déborder, car le photographe n’est pas dans une esthétique creuse et sèche ; se gardant comme garde-fou la nécessité de canaliser ses idées pour éviter de s’éloigner de son objectif principal ou pour ne pas rester à la surface de ce qui est vu.

Cependant, dans sa manière d’aborder la photographie, avec cette série en particulier, Philippe du Crest assume une influence plus picturale que photographique.
Imprégné de peinture dès son enfance par une mère peintre, il joue de façon classique sur des oppositions chaud/froid, mettant en avant les couleurs tels de larges aplats, dans une composition sobre, épurée.
Claquantes, les couleurs s’imposent, renforcées par un choix de tirage sur papier Tecco Photo baryté qui accentue par la présence d’aspérités, les contrastes et détails. Ces détails auxquels Philippe du Crest reste attaché, telles les mains, très présentes, par amour pour cette partie de l’anatomie qui symbolise l’âme du travailleur.
Quant à la lumière presque crue à certains endroits des compositions, elle forme un halo qui accroche d’autant plus la couleur très dense.
Pas de demi-teinte, c’est du classicisme solaire !

Tout comme le photographe qui parle volontiers d’une attitude volontaire, énergique, à la rencontre de l’autre, là où il n’est pas attendu.
Et par le choix d’une composition frontale, sans fioriture de premier plan, le photographe nous oblige à rentrer immédiatement dans l’image.

Son œil regarde, lit, puis cadre, et le principe de la série donne alors une cohérence à cette dernière, comme à l’ensemble de la démarche du photographe, telle dans son autre série La cella moderne, réalisée dans des blocs opératoires d’hôpitaux et cliniques entre 2008 et 2012.
Même méthode d’approche humaniste : un lieu de travail, des personnes dans l’ombre, la présence des mains encore, le geste précis de l’opération cette fois, une lumière ciblée, l’impression d’un jeu de clair-obscur inspiré du Caravage où la lumière sert à nouveau de catalyseur.
L’appréhension de Philippe du Crest prime, ses sens en éveil nous dévoilent ce que nous ne savons pas, ne voulons pas voir ou ce qui nous est inaccessible.

De l’humanité respire dans la série Agents de lumière car il sait en peu de temps, par quelques paroles, mettre en confiance son sujet pour que ce dernier déploie une énergie positive, une fierté peut-être oubliée. Dans notre société où la valeur du travail est mise à mal, le photographe lui redonne ses lettres de noblesse.
La photographie, un outil en soit très commun, semble être le moyen propice servant à montrer autre chose, ce qui est inconvenant, caché ou déplacé, nous obligeant ainsi à travers une certaine esthétique, sans voyeurisme pour autant, à nous interroger sur nos failles ou notre propre regard.
Nathalie Béreau



 
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